Donjons & Dragon est le premier jeu de rôle dans ce que nous nommerons la catégorie jeu de table. Imaginé par Gary Gygax dans le milieu des années 70, ce jeu donne peu de place à l’interprétation des personnages. Cette première version met en place des règles de combat et d’exploration de lieux divers avec des intrigues simples et de nombreux affrontements de créatures. A cette époque les aventures se limitaient souvent à ce que l’on nomme dans le milieu le « porte-monstre-trésor », le caractère simpliste du scénario et des règles de jeu se limitant aux combats et à l’exploration de donjons. En fait, Donjons & Dragons est très proche d’un livre dont vous êtes le héros abordé en groupe ou de jeux de plateaux comme HeroQuest ou Runebound.
Un peu plus tard, le jeu de rôle fut révolutionné par l’arrivée de « L’Appel de Cthulhu », une adaptation au jeu de rôle de l’univers de H.P.Lovecraft (contemporain et grand ami de Howard). Le jeu change de direction et devient plus un jeu d’enquête. Les joueurs incarnent des investigateurs qui au fil de leurs rencontres et inspections de lieux divers résolvent des énigmes. C’est surtout avec l’Appel de Cthulhu que le jeu de rôle a pris son sens. Le maître de jeu est dès lors souvent plutôt vu comme un Meneur de jeu et les parties se développent plutôt comme un dialogue entre les joueurs et le meneur, les joueurs interprétant leurs personnages qui interagissent avec un univers et d’autres personnages contrôlés par le meneur.
Par la suite, de nombreuses variétés de jeux ont vu le jour. Les plus notables à citer sont ceux de White Wolf, qui développent largement une brèche dit des jeux d’ambiance. La technique et les règles s’effacent pour laisser plus de place à l’aspect théâtral et le joueur prend encore plus de contrôle sur son environnement direct. Ces jeux de rôle de table qui privilégient l’ambiance, mettent en avant le récit et donnent une véritable place à l’interprétation du rôle que le joueur incarne. Le Meneur de jeu est renommé Conteur pour mettre en avant son importance en tant que narrateur. Le récit est un échange entres toutes les personnes autour de la table, qui contribuent communément à l’ambiance et au récit.
A présent, les jeux de rôles sur table, aussi nommés « Papier & Crayon » sont un domaine très vaste avec des univers très variés. On trouve presque tous les grands thèmes fantastiques en JdR ; Cyberpunk, Appel de Cthulhu, Star Wars, Seigneur des Anneaux et bien évidemment Conan. Mongoose Publishing a adapté l’univers d’Hyborée en jeu de rôle et il est possible d’en apprendre plus sur Hyboria.info.
Mais l’exploration de contrées imaginaires et du domaine du fantastique qui est l’essence même du jeu de rôle papier s’est rapidement diversifiée vers des activités proches.
C’est au début des années 90 qu’un autre type de jeu de rôle prend son essor. Nommé Jeu de rôle grandeur nature et abrégé JdRGN ou simplement GN, cette forme emmène le jeu de la version purement fictive et imaginaire à une forme interprétée physiquement par des joueurs costumés.
Alors de que jeu de rôle sur table (JdR) se joue entre 3 et 7 joueurs dont un Meneur de jeu, le JdRGN comporte d’une dizaine à des milliers de participants et des équipes entières pour préparer le jeu. Là où le JdR utilise l’imaginaire pour scène ou évoluent les personnages, le GN a besoin d’investir des lieux existants (de l’appartement au château) qui représenteront réellement les endroits où la trame se déroule.
Le JdRGN est souvent vu comme une sorte de théâtre interactif, chaque joueur ayant une description de son personnage et des objectifs, les interaction des dizaines ou centaines de joueurs construisant donc le jeu à partir de la base définie par les organisateurs et scénaristes.
En parallèle, les moyens informatiques se développent et tout naturellement des jeux de type « porte-monstre-trésor ». Déjà sur Commodore 64 en 1984, des jeux RPG apparaissent. Le jeu sur ordinateur offre dont rapidement des jeux beaucoup plus accessibles que le jeu de rôle classique, car plus rapides à jouer et permettant également de jouer seul à domicile, les autres formes de jeu de rôle demandant à plusieurs, voire beaucoup, de personnes de se réunir.
De ces jeux « porte-monstre-trésor » informatiques finissent par se développement deux grandes catégories de jeux. Premièrement les jeux dit « hack’n’slash » dont les plus connus sont Gauntlet puis Diablo, qui consistent à se promener dans des donjons en détruisant presque tout ce qui passe à portée. Deuxièmement les jeux dits RPG (RolePlaying Games, qui veut dire jeu de rôle) comme Pool of Radiance de Sierra ou Baldur’s Gate qui privilégient un système d’aventure et de quête. Bien qu’il en porte le nom, ce type de jeu n’a rien d’un jeu de rôle, car dans les faits, le joueur n’a pas d’autre choix que de suivre des lignes de scénario toutes faites et ne peut que très faiblement décider de ses actions. En effet, les logiciels n’ont prévu qu’une série très limités d’interactions (taper et parler). Malgré tout, quelques jeux ressortent de la masse, on pensera tout naturellement à Fallout, qui dispose d’un univers très vaste où chaque décision influence des dizaines de facteurs et garantit une expérience unique à chaque joueur. On pensera également à Neverwinter Nights qui intègre un puissant outil permettant de créer ses propres aventures et mondes en ligne. Ce dernier est probablement le jeu qui a le lien le plus fort avec les jeux de rôles papier comme Donjons & Dragon. Mais tous ont des limites d’interactions et des limites d’intelligence artificielle.
Avec Internet arrive ensuite la possibilité de jouer à plusieurs au même jeu de manière collaborative ou en affrontement joueurs contre joueur. Puis quelques années plus tard, Meridian 59 ouvre les portes du Massive Multiplayer Online RolePlaying Game. Là encore, le terme jeu de rôle est abusif, mais permet d’exprimer l’aspect contrôle d’un personnage.
Cependant les MMORPG, surtout avec Ultima Online, démontrent qu’ils peuvent être le terreau d’une nouvelle forme de jeu de rôle. Probablement par leur influence anglophone ou leur nom, l’interprétation de rôles dans les MMORPG devient le « Roleplay » ou RP. Le roleplay consiste donc à donner à l’avatar du jeu un caractère et faire partager aux autres joueurs dans le jeu par l’interprétation du personnage. C’est donc essentiellement dans les interactions « orales » (textes écrits en ligne dans les fenêtres de dialogue) que se transcrit le RP. Car les actions sont toujours limitées par ce que le développeur a mis en place.
C’est ainsi que les joueurs sur les MMORPG et ce que l’on nomme plus généralement la communauté roleplay des mondes persistants en est venue à intégrer un jeu dans le jeu. Le jeu d’acteur vient en complément du jeu gameplay, l’un n’excluant pas l’autre et généralement le complétant. Les jeux parus sont évidemment de plus ou moins bons supports au roleplay. Ainsi, après Ultima Online, Star Wars Galaxies, Ryzom et Matrix Online ont étés d’excellents terrains de jeux pour joueurs RP, tous les quatre souffrant hélas d’autres problèmes.
Les soucis de jeunesse d’Ultima Online ont rendu difficile à une certaine période le fait de trouver du plaisir au jeu. Déserté par les joueurs, le jeu n’a plus offert, après un certain temps, la masse critique de joueurs nécessaire à maintenir un bon niveau de roleplay. De plus ce jeu est à présent techniquement obsolète.
Star Wars Galaxies fut probablement le meilleur jeu pour joueurs roleplay grâce à la liberté offerte aux joueurs et la variété d’actions possibles. Mais SOE a massacré le jeu de par des refontes trop profondes, réduisant l’intérêt du jeu en même temps que la complexité et le truffant simultanément de nombreux bugs en tronçonnant largement dans les fonctions qui le différenciaient. Le jeu est au final muni d’un gameplay quelconque et traîne de nombreuses erreurs de conception.. Même si c’est encore le jeu le plus riche en fonctions soutenant le roleplay, il a perdu sa saveur et manque cruellement de nouveau contenu.
Matrix Online est sans doute le jeu qui a le plus poussé en avant les fonctions d’interprétation des personnages et a de surcroit mis en place un monde vivant et évolutif dans lequel les joueurs peuvent influencer les directions futures du scénario. Hélas, un gameplay peu intéressant et très répétitif largement amoindri le succès de ce jeu au bon potentiel roleplay.
Ryzom, quant à lui, est un jeu qui connut depuis ses premiers jours beaucoup de déboires. Lancé après une beta catastrophique ayant ruiné sa réputation avant l’heure, le jeu n’a jamais eu le succès qu’il méritait. Ses difficultés de départ ont complexifié la situation financière déjà difficile de l’entreprise et précipité le jeu dans de multiples épisodes qui se sont soldées par la mort du jeu (les joueurs ayant néanmoins monté une initiative pour sauver le jeu nommée « Sauver Ryzom »).
On en parle moins, mais Anarchy Online, le premier MMORPG créé par Funcom, est également un jeu qui a une communauté roleplay et est reconnu comme étant un jeu d’une très forte complexité mais également d’une grande originalité en termes de gameplay. Quand Funcom a annoncé vouloir faire un MMORPG dans l’univers de Conan, un héros bien connu des geeks que sont les rôlistes, un nouvel espoir pour la communauté roleplay est tout naturellement né. Age of Conan peut-il être le nouveau jeu qui offre une plateforme favorable au Roleplay dans les MMORPG ?
La suite de notre dossier va tenter d’aborder plus avant le roleplay dans les MMORPG et d’analyser les outils que Funcom prévoit d’implémenter dans Age of Conan et leur influence sur le roleplay.